Arabic AR Chinese (Simplified) ZH-CN Dutch NL English EN French FR Portuguese PT

HAMADY BOCOUM, DIRECTEUR DU MUSÉE DES CIVILISATIONS NOIRES : « LIBRES D’EN FAIRE CE QUE NOUS VOULONS »

Hamady Bocoum, le directeur du Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar, nous présente les ambitions de ce musée inauguré le 6 décembre 2018, unique sur le continent africain par son ampleur.

Quelle est l’ambition du nouveau Musée des Civilisations noires, inauguré le 6 décembre 2018 à Dakar ?

 

Ce musée parlera de l’Afrique, des diasporas mais aussi du monde. C’est un projet panafricain puisqu’il veut montrer toutes les facettes du continent et réhabiliter ce berceau des civilisations. Mais nous ne voulions pas d’un musée d’art africain. Cela est dépassé. Il s’agissait de ne pas réduire le contenu à la période coloniale ou aux arts anciens. L’Histoire du continent, datant de 7 millions d’années, est bien plus riche et son patrimoine extraordinaire. Ce musée, unique sur le continent, sera donc polysémique : des objets traditionnels et modernes permettront d’aborder aussi bien le passé que le temps présent. La première exposition « Civilisations africaines : création continue de l’humanité » couvre la période des premiers hominidés jusqu’à nos jours à travers 600 pièces environ (peintures, sculptures, crânes, masques…). En priorité, nous avons exposé des collections déjà présentes sur le continent. Puis nous les avons complétées par des prêts de nos partenaires, des musées du monde entier tels que celui du Havre, celui du Quai Branly à Paris (qui a prêté 18 masques), mais aussi ceux du Nigeria et du Kenya… À terme, notre bâtiment devrait accueillir 18 000 pièces.

 

Le rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy remis au président Emmanuel Macron le 23 novembre 2018 encourage la restitution des œuvres d’art aux anciennes colonies. Quel est votre avis sur la question ?

 

Je salue l’acte du président Emmanuel Macron car c’est une décision forte. Seule une personne de sa génération, qui n’a pas connu la colonisation pouvait la prendre. Choisir des intellectuels reconnus, externes au monde des musées, est intelligent. Les querelles auraient été nombreuses si les experts avaient été des conservateurs de musées… Ce rapport permet de poser les vraies problématiques. Plusieurs spécialistes opposent à la restitution des œuvres d’art le manque d’infrastructures et de capacités de conservation. L’ouverture de ce musée prouve le contraire : il s’agit d’un musée moderne où la technologie est au service de l’art. Nous attendons de voir l’inventaire complet des pièces détenues en Europe pour étudier leur origine et le nombre de restitutions possibles avant d’en faire les demandes. Mais, une fois celles-ci récupérées, personne ne doit nous dicter notre conduite. Nous sommes libres d’en faire ce que bon nous semble, d’autant que nombre d’entre ces pièces ne sont ici pas des objets d’art mais des objets de culte.

 

La Chine a financé ce musée à hauteur de 30 millions d’euros. Que cache cet investissement ?

 

Nous sommes dans un monde mondialisé, les échanges entre pays sont donc normalisés. La Chine nous a fait ce cadeau. Nos deux pays ont des similarités : comme le nôtre, la Chine a connu la colonisation et c’est également un pays en voie d’émergence. Ce soutien est bienvenu car il contribue à aider le développement du Sénégal. On m’a demandé si ce n’était pas une nouvelle forme de colonisation… À supposer que cela soit le cas, ce serait une colonisation choisie ! Les Chinois n’auront aucune influence sur notre programme.




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Powered by Live Score & Live Score App